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ironemes

Un ironème ? Qu'est-ce que c'est ?

Voici ce qu'en dit Étienne Candel, sur un message épinglé à son compte Mastodon :

C'est un jeu de mots, mais reposant sur :
  • certaines figures préférentiellement,
  • une vocation poétique & imaginaire,
  • une fréquence, une itération,
  • une prétention de rupture discursive (c'est un anti discours),
  • un horizon de composition d'un autre monde, le monde d'à côté,
  • une certaine retenue pour éviter les gros effets,
  • une recherche d'économie linguistique (on réduit l'ironème à sa plus brève expression).

Ébauche, épure, esquisse poétique de subversion langagière.

Dans un long entretien pour Scalde, il explique notamment sa pratique des ironèmes.

On peut voir des exemples ?

Bon, prenons une simple phrase

J'ai vu un morceau de gruyère

Il suffit de modifier un seul phonème et ça donne :

J'ai vu un mort sous deux grues hier

Brouillons un peu les pistes

(noté par Étienne Candel sur son compte Twitter)

Altération minimale du langage, dont les formes peuvent être très variables, mais qui, en principe modestement subversive, vise toujours à altérer les frontières entre ce qui est réel et ce qui pourrait l'être et à faire signe vers le monde d'à côté. D'où la notion d'ironie.

Nos ironèmes sont des cheminements et des fantômes, des parcours dessinés par ce sur quoi nous trébuchons. Souvent des découvertes, souvent des inventions. Certains redisent les autres, certains sont faits par les enfants. La plupart sont des blagues. Des blagues, mais aussi comme l'enfance de l'art : des amorces de métaphores, des bribes de récit, des débuts d'images, des sentences bien senties. Toujours des ébauches. Intéressant alors : on échappe au récit, à la description, au poème, et (presque) au discours.

Questionnant le langage, on peut dire qu'ils questionnent aussi la facture du réel, de ce qui s'établit et se vit comme tel. C'est pourquoi certains sont visuels, graphiques, suscitant des chimères momentanées, mais heureusement trop sporadiques pour faire mythe ou récit…

Et il y a quelque chose de drôle, c'est qu'ils sont à la fois irrésistibles et malvenus. Irrésistibles parce que, croisés au détour du langage, ils attirent notre attention et persistent comme un enfant qui vous tire la manche.

Malvenus, parce que nous sommes ainsi faits que nous passons outre tout ce qui diffère et participe du lapsus, de l'accident ou du glitch. Je crois que c'est pour tout le monde une discipline à part, de rattraper ce que normalement on laisse s'éteindre et passer.

Notons juste en passant que mon discours ici et maintenant ne traduit aucune prétention ni intention. Je questionne ce qui pour moi au moins est une pratique entêtée, irrésistible et délibérée tout à la fois. Une pratique et une discipline qui m'interroge.

ironemes.txt · Dernière modification: 2018/01/13 21:12 par goofy